Les résultats de l’édition 2025 de l’enquête PISA sur les performances des systèmes éducatifs sont disponibles. Il en ressort que la France enregistre les scores les plus bas de son histoire en mathématiques (-16 points en trois ans) et en compréhension de l’écrit (-18 points). Bien que la France se maintienne dans la moyenne des pays de l’OCDE, cette baisse soulève de vives inquiétudes quant aux causes structurelles et numériques, ainsi qu'aux répercussions directes sur les filières d'excellence comme les écoles d'ingénieurs en informatique. Le plus inquiétant n’est pas ce nouveau classement, mais la tendance. L’édition 2022 avait déjà marqué un recul historique. Trois ans plus tard, la France perd encore 4 points en sciences, 18 points en compréhension écrite et 16 points en mathématiques.
Sur la même période, la moyenne de l’OCDE recule respectivement de 3, 14 et 9 points. En bref, la France suit la tendance générale à la baisse des pays développés, mais ses résultats sont encore plus mauvais que cette moyenne en lecture et surtout en mathématiques.
Autre sujet de préoccupation : cette baisse ne touche pas uniquement « les élèves en difficulté ». Entre 2022 et 2025, l’écart entre les meilleurs et les plus faibles ne s’élargit pas de manière significative : c’est l’ensemble de la distribution qui s’enfonce.
En France, 21,3 % des élèves se situent simultanément en dessous du niveau 2 en sciences, en lecture et en mathématiques. Ils affichent donc des résultats insuffisants dans ces trois domaines fondamentaux à la fois. La moyenne de l’OCDE est de 19,7 %. Ainsi, plus d’un jeune Français sur cinq âgé de 15 ans se trouve en dessous du seuil de compétence de base dans ces trois disciplines.
Et le problème français ne se limite pas au bas de la distribution. Seuls 9,8 % des élèves français atteignent les niveaux 5 ou 6 dans au moins l’un des trois grands domaines, contre 11,9 % au sein de l’OCDE.
Le système français produit à la fois un peu plus d’élèves très faibles et un peu moins d’élèves très performants que la moyenne de l’OCDE. Le vieux discours selon lequel le système scolaire serait très inégalitaire mais capable de préserver une élite scolaire devient donc plus difficile à défendre. Les inégalités persistent ; l’excellence, en revanche, n’est plus particulièrement répandue.
La France se situe donc désormais dans le milieu du classement des pays développés, mais dans un milieu qui recule lui-même. Elle reste proche de la moyenne en sciences, légèrement en dessous en mathématiques et en lecture, compte moins d’élèves très performants et davantage d’élèves accumulant de graves difficultés, tout en conservant des disparités sociales particulièrement importantes.
PISA 2025 intègre pour la première fois un volet mesurant l'usage de l'IA générative (ChatGPT, Claude, etc.)🔴 ALERTE INFO : le dernier classement PISA vient de sortir, et ses enseignements sont encore plus alarmants que prévu.
— Hexagone - La France en chiffres (@Hexagone_org) September 8, 2026
En France, depuis 2018, le niveau scolaire a baissé dans toutes les dimensions.
Ce thread compile tout ce qu'il y a à savoir sur ce baromètre de l'éducation. pic.twitter.com/9xhUOYrzub
L’impact s'avère complexe et dépend de l'accompagnement pédagogique :
Environ 85 % des élèves utilisent l’IA pour leurs devoirs. Le rapport indique que les élèves utilisant l'IA sans recul critique pour rédiger leurs travaux obtiennent de moins bons résultats que ceux qui ne l'utilisent pas. Elle agit comme un raccourci qui évite l'effort de réflexion.
Seuls 46,8 % des élèves français apprennent en classe comment évaluer la qualité et la fiabilité des informations générées par l'IA (contre 62,6 % dans le reste de l'OCDE). Paradoxalement, les élèves très favorisés y ont plus accès, mais s'ils ne sont pas guidés, leurs compétences s'effritent également, ce qui explique la baisse inédite du niveau des élèves issus de milieux aisés
L'impact des smartphones et des réseaux sociaux est directement ciblé par l’OCDE.📚️ Enquête Pisa: les résultats des élèves français sont les plus bas jamais mesurés depuis la création de ce classement en 2000, mais la France se maintient dans la moyenne des pays de l'OCDE dans les trois matières évaluées, notamment en sciences. #geneu_AFP ⤵️ pic.twitter.com/gaQJkTHCsj
— Agence France-Presse (@afpfr) September 8, 2026
Les experts ne parlent pas d'"abêtissement" biologique, mais de « prothèses cognitives » et de « distractions numériques ». Le visionnage de formats ultra-courts (TikTok, Shorts) fragmente l'attention. Les élèves de 15 ans peinent désormais à réaliser des processus cognitifs complexes ou à lire des textes longs (plus de 400 mots).
L'OCDE note une explosion de la lecture rapide mais imprécise (la proportion d'élèves concernés a doublé depuis 2018). Les adolescents lisent pour consommer l'information, sans la comprendre. Le ministre Édouard Geffray a qualifié la consommation passive des réseaux sociaux d'« arme de destruction intellectuelle massive » pour la mémorisation et la concentration.
L’OCDE cite la baisse d’implication parentale parmi d’autres facteurs majeurs comme la crise du corps enseignant.
Seuls 49 % des élèves déclarent que leurs parents s'intéressent quotidiennement à leur scolarité (contre 63 % en 2022).
En parallèle, la pénurie de professeurs de mathématiques et de sciences, manque d'attractivité du métier et réformes successives mal assimilées.
Le recul marqué des compétences mathématiques et de la réflexion cognitive complexe impacte directement sur le vivier d’élèves pour les écoles d’ingénieur en informatique de France et en principe sur la qualité des développeurs à la sortie🔴 🗣️ Pire classement PISA pour la France depuis 20 ans : “Les professeurs sont recrutés à 21 ans avec un niveau qu'on avait par le passé à 19 ans et demi. C'est dramatique", juge @GabLattanzio, professeur agrégé à Paris I@loicdelamornais #SurLeTerrain #canal16 pic.twitter.com/H5ECMm3BGl
— franceinfo (@franceinfo) September 8, 2026
La formation d'un ingénieur en informatique (notamment en IA, cryptographie ou science des données) exige un excellent niveau d'abstraction mathématique. Or, PISA 2025 révèle que la part des élèves très performants en mathématiques s'est effondrée, passant de 11 % en 2015 à seulement 5 % en 2025. Les écoles d'ingénieurs font face à un réservoir de candidats d'élite de plus en plus restreint.
L'informatique requiert la capacité de concevoir des algorithmes, de modéliser des problèmes et de déboguer du code complexe. La baisse de la capacité à traiter des processus cognitifs longs et complexes (comme le pointe le rapport) crée des profils de bacheliers qui consomment la technologie (grâce à l'IA) mais peinent à en comprendre la logique sous-jacente.
L'informatique de pointe (Intelligence Artificielle, cryptographie, science des données, informatique quantique) repose fondamentalement sur des compétences mathématiques pures (algèbre linéaire, probabilités, logique). La baisse globale du niveau signifie que le réservoir d’élèves capables d'intégrer des classes préparatoires (CPGE) ou des écoles post-bac exigeantes s'amenuise.
Pour maintenir leurs quotas de diplômés sans brader la valeur du titre d'ingénieur, les écoles (comme l'École Polytechnique, CentraleSupélec, l'IMT ou les INSA) feront face à un dilemme :
- Soit abaisser les exigences des concours et intégrer des modules de mise à niveau en mathématiques dès la première année.
- Soit durcir la sélection, ce qui accentuera l'élitisme et la reproduction sociale, au détriment de la diversité des profils.
Source : Rapport PISA 2025
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